•  ÉDITIONS DES BEAUX-ARTS PARIS



« Je fais des portraits de paysages » annonce Laury Denoyes. « Portrait » et « paysage », bien que ces deux notions soient souvent distinguées, l’artiste portraiture intentionnellement la nature, - plus particulièrement les montagnes et forêts - en la considérant comme le sujet fondamental de sa pratique. Fondamental car Laury Denoyes foule depuis son plus jeune âge les mêmes terres de son jardin natal, le Pays Basque, et y revient toujours après ses nombreuses pérégrinations qui l'emmenèrent jusqu’au pays du matin calme. De ses voyages en Asie, principalement, elle revient son sac-à-dos chargé de mémoires, mais surtout, de nou-velles matières à expérimenter pour magnifier ses futurs portraits basques. C’est ainsi que la soie coréenne rencontre son chemin et l’a suit jusqu’à son atelier en France où elle travaille le textile en l’étirant pour l’appliquer sur son châssis grâce à une technique peu connue et usitée, la colle à farine.

Ce procédé, respectueux du médium et du vivant, constitue la première étape qui donne naissance à un paysage immaculé, bientôt révélé par l’application de couleurs à l’eau sur cette peau diaphane. D’abord un détail à la pointe du pinceau surgit au centre de la composition, puis d’une succession de contrastes émerge des sommets verdoyants, notamment ceux de la Rhune ou des Trois Couronnes dont les crêtes dessinent un personnage couché entre ciel et terre.

L’approche se veut sincère, sans ardeur fabulatrice, juste transmettrice d’un vivant qui existe aujourd’hui mais dont la pérennité future est incertaine. Cette fragilité, perceptible par ce support spectral, agit comme un fantôme qui hante chaque paysage.

 

Anne-Laure Peressin